dimanche 13 octobre 2013

[Avis d'Animé #1] Fate : ce soir, nous mourrons pour la gloire


Arturia, une reine de Bretagne bien classe

Bonjour à tous. Actuellement, je suis en train de rattraper plusieurs années d'inculture en matière de japanimation. Or, je pense que c'est une bonne occasion pour vous présenter un animé assez méconnu (je me fie en tout cas à ce que m'a dit un spécialiste de l'oeuvre en question) que j'ai beaucoup apprécié : Fate. Avant de commencer, je tiens à dire qu'il ne s'agit aucunement d'une review ou d'un test mais avant tout d'un résumé de mon avis sur la question. La nuance est en effet d'importance puisque dans le domaine des arts je méprise royalement tous ceux qui, sous couvert d'érudition, se permettent de déterminer ce qui est bien de ce qui ne l'est pas.

Cette introduction posée, entrons tout de suite dans le vif du sujet : c'est quoi Fate ? Répondre à cette question simplement est assez difficile dans la mesure où c'est une licence qui regroupe tout un tas de films, de séries et de spin-off tous plus variés les uns et les autres. Moi même, je ne prétends pas être un expert absolu de l'univers dans la mesure où je n'ai vu que deux de ces oeuvres : Fate Zéro et Fate / Stay Night. C'est donc de ces deux animés que je vais parler ici. Chacun d'entre eux, à raison de 25 épisodes pour Fate Zéro et de 24 épisodes pour Fate / Stay Night, se déroule dans le même univers et forme une histoire cohérente qui se suit directement comme on le verra par la suite.

L'univers

L'histoire se déroule dans un monde semblable au nôtre à ceci près que certains êtres humains ont des prédispositions pour la magie. Jusqu'ici, que du très classique me direz-vous. Mais l'essentiel est ailleurs. Régulièrement en effet, sept magiciens du monde entier s'affrontent dans une guerre impitoyable que l'on appelle la Guerre du Saint-Graal afin de permettre l'apparition du Graal qui est capable d'exaucer n'importe quel souhait. Plus intéressant encore : pour les aider dans leur tâche, chaque mage élu par les dieux se voit attribuer ce que l'on appelle un Servant. On touche ici du doigt le grand attrait de Fate puisque ces Servants ne sont autres que la matérialisation dans notre monde de glorieux héros de l'Histoire avec un grand H. Une fois ces valeureux combattants apparus, la boucherie peut alors commencer pour notre plus grand plaisir. Fate, c'est en effet avant tout du grand spectacle. Ce sont de glorieuses empoignades entre des personnalités charismatiques du passé. Et comme j'ai une certaine fascination pour le passé en bon amateur d'Histoire, voir les plus féroces combattants de différentes époques et de différences cultures s'affronter m'a vraiment époustouflé.

L'histoire

Vu l'exposé que je vous ai fait du pitch général de Fate, on pourrait penser que c'est une licence bien bourrine. C'est le cas, inutile de le nier. Mais pour autant, le scénario n'est pas forcément en retrait et anecdotique. Même si les épisodes enchaînent les combats les uns après les autres, l'histoire n'est en effet pas dénuée d'une certaine réflexion philosophique sur la nature humaine qui tourne autour d'une problématique centrale : la nature du Graal. Au début, je dois dire que je voyais l'histoire surtout comme un tournoi certes épique mais un peu creux quant à sa finalité. Après tout, s'il suffisait de latter la gueule à tous ses concurrents pour voir tous ses voeux exaucés par les dieux ça aurait été un peu léger pour faire une bonne histoire. Mais tout n'est pas si simple comme on s'en rend compte à un moment de l'histoire. Je parle ici en particulier de Fate Zéro dont l'épilogue est assez désarçonnant par rapport à l'image que l'on avait du Graal jusqu'ici.


Pédobear ? Ce n'est qu'un amateur par rapport au taré qui vous attend dans Fate Zéro ^_^

Parlons maintenant des animés en eux-mêmes et de leur structure narrative. Fate Zéro est la préquelle directe à Fate / Stay Night. Chacun de ces deux animés racontent respectivement le déroulement de la IV° et de la V° Guerre du Saint-Graal. Ce qu'il est très intéressant de noter d'ailleurs, et qui fait également toute la force du scénario, c'est le côté chasse à l'homme qui ressort de l'ambiance générale qui nous est insufflée à chaque épisode. Un peu comme dans un film d'horreur, on s'attend à tout moment que nos personnages favoris soient pris en chasse par un Servant ennemi et mis à mort immédiatement sans la moindre once de pitié. L'ambiance est réussie et cela permet également de donner un rythme conséquent au scénario grâce à des rebondissements nombreux et variés. On notera également l'existence de situations parfois osées qui renouvellent régulièrement l'intérêt de la série. A ce sujet, je tiens d'ailleurs à donner une mention spéciale aux agissements de Caster dans Fate Zéro qui ne manquent pas d'originalité et témoignent d'une réelle audace des créateurs pour nous éloigner des standards habituels du shonen.

Jusqu'ici, je vous ai beaucoup parlé de Fate Zéro mais il faut savoir qu'on retrouve ces éléments dans une moindre mesure dans sa suite, qui n'en est pas vraiment d'ailleurs au passage puisque Fate Zéro est sorti après Fate / Stay Night même si chronologiquement Fate Zéro est antérieur. On tente bien de massacrer toute la population d'une école après tout dans Fate / Stay Night alors la comparaison se tient sur ce plan-là. L'ambiance est toujours là. Je me dois tout de même d'être honnête : sur le plan scénaristique, cette suite est inférieure à Fate Zéro. Elle n'est pas mauvaise : elle est même très bonne, j'insiste là-dessus. Mais sa force ne réside pas dans le scénario. La faute en revient à une orientation beaucoup plus shonen et grand public que l'on ne peut regretter. Heureusement, l'animé a des vertus que sa préquelle n'a pas à mes yeux.

Les Personnages


Qui sera le dernier survivant ?

Sans aucun doute le gros point fort de Fate. Le chara design est excellent, les personnages sont attachants et leurs personnalités sont très travaillées. Dans Fate Zéro, on a même droit à un antihéros dans les règles de l'art qui use de méthodes à en faire pâlir un Lelouch de Code Geass. En particulier, les Servants sont très intéressants dans la mesure où ils s'inspirent en grande partie des spécificités des personnages historiques ou mythologiques qu'ils incarnent. Cela n'empêche toutefois pas l'originalité, comme c'est le cas avec la magnifique Arturia, interprétation féminine de la légende arturienne qui ne manque pas d'une élégance chevaleresque qui aurait manqué si on s'était contenté d'un homme lambda. Fière héroïne et fine lame, c'est sans doute le personnage le plus emblématique de Fate et mon favori à égalité avec le génialissime Caster de Fate Zéro inspiré du terrifiant Gilles de Rais dont l'humour quelque peu spécial fait toujours mouche.

Ce que je vous dis là, je pourrais le développer avec bien d'autres personnages qui sont presque tous charismatiques. Ce sont eux qui font de Fate, je n'ai pas peur de le dire, un animé différent des autres. C'est moins le cas dans Fate / Stay Night à cause de ce stéréotype de héros shonen qu'on se tape, mais pour ce qui est de Fate Zéro il n'y a absolument rien à reprocher. Point positif en revanche pour Fate / Stay Night : je trouve la romance entre Arturia loin d'être niaise et au contraire assez utile pour développer le personnage qui incarne la classe de Saber puisque cela permet de réactiver un très vieux thème de la littérature médiévale : le conflit entre le devoir et la passion. Après c'est peut-être moi qui suis fleur bleue avec les femmes guerrières, mais contrairement à beaucoup d'autres films d'animation je n'ai en rien trouvé cette histoire d'amour naissante niaise ou cul-cul. Ca développe encore plus les personnages, ça nous permet de mieux les comprendre et c'est tant mieux. C'est bien gentil la baston, mais il ne faudrait pas oublier que derrière l'armure, l'épée, la hache ou la lance se cache des êtres humains avec des valeurs (le duo Saber / Lancer dans Fate Zéro est mémorable), des convictions, des blessures (le héros de Fate Zéro) et des émotions. Donc voilà : contrairement à beaucoup de critiques sur ce point que j'ai lues à propos de Fate / Stay Night et que je trouve injuste, c'est justement un élément que j'apporte au crédit de cette suite trop injustement décriée. Elle a des défauts, je suis le premier à le dire et je les attribue à l'ancienneté de l'animé en question (2006 ça remonte quand même à sept ans !) mais elle n'est en rien mauvaise, ratée ou inutile. Moi, j'ai trouvé que c'était assez émouvant aussi débile soit le héros.

Je pourrais bien sûr en dire beaucoup plus sur les personnages de Fate, mais ce serait spoiler beaucoup trop et ce n'est pas le but de cet article de présentation. Pour en terminer, je vais à présent vous parler de l'OST ^^ La musique, c'est un peu la spécialité de mon blog après tout.

La musique

La musique dans un film c'est fondamental pour installer une ambiance et faire naître des émotions. Ca vaut aussi pour les animés comme Fate, donc je me dois de vous en dire quelques mots. Inutile de tourner autour du pot : c'est excellent. Malgré des openings plutôt moyens dans l'ensemble, on a droit à un excellent générique pour inaugurer Fate Zéro. Avouez que ça déboîte non ? ^^ Au sujet de Fate / Stay Night le mal aimé, la composition est également très réussie avec en particulier un thème de combat très entraînant que j'écoute avec plaisir pendant des heures sans jamais m'en lasser lors de mes séances d'écriture pour ma fanfic. Il y a également des thèmes plus posés plus magnifiques les uns que les autres comme celui-ci que je trouve particulièrement adapté pour les scènes tristes.

Voilà, j'en ai fini pour cette présentation de la série d'animation Fate. J'espère que ça vous aura donné envie d'en savoir plus et, qui sait, de découvrir cette magnifique série. De toute façon, Arturia ne vous donne pas le choix.


Quand mon Master t'ordonne de regarder Fate, tu obéis. Sinon...EX-CALIBUUUUR
Quoi, pourquoi tu me regardes comme ça ? O.o

samedi 10 août 2013

Analyse Musicale #5 - Let's Rock !


This...is...sparta !

Au cours de mes analyses musicales, j'ai traité successivement de thèmes principaux de jeux vidéos (Super Metroid, Europa Universalis III), de thèmes de donjons (Pokémon Donjon Mystère) et de thèmes de combat (Okami). Pour cette cinquième analyse musicale, je vous propose d'étudier ensemble une musique d'un tout autre genre que ce que je vous ai habitué jusqu'ici. Vous savez ce que ce sont les crédits ? Mais si, ce moment à la fin du jeu où l'équipe de développement défile et que le joueur a trop souvent tendance à négliger. Pourtant, beaucoup de jeux proposent d'excellents thèmes de fin. C'est le cas du thème qui nous intéresse. Il s'agit de Rock of Mages, tiré d'un très bon hack and slash sorti en 2006 sur PC : Titan Quest.

Le titre du morceau est en lui-même tout un programme : il s'agit en effet d'une musique typée rock. Cela implique deux choses : une instrumentation spécifique et une structure plus relâchée que les morceaux plus classiques auxquels je vous ai accoutumé jusqu'ici. Exit donc les violons et trompettes et place aux sonorités saturées des guitares électriques ! Voyons donc comment les caractéristiques de ce genre, auquel on est plus accoutumé dans le domaine des OST de jeux vidéos restreint dans le cadre étriqué des remix et autres remakes de thèmes originaux, converge avec la thématique du jeu et le contexte même de crédits. Ces trois éléments ont en effet une influence fondamentale si l'on veut comprendre comment est construit le morceau et ce qu'il veut exprimer. On va donc commencer sans plus tarder cette analyse musicale qui sort des sentiers battus.

En bon morceau de rock, on commence très fort avec un prologue qui déchaîne pleinement la puissance des guitares. S'étendant jusqu'en 0 : 21 avec notamment un crescendo qui accentue la puissance de ce prologue à partir de 0 : 14, il laisse ensuite la place au thème en lui même du morceau. Ce début de morceau obéit à une symbolique très claire : il s'agit de marquer la puissance de son personnage et la gloire qu'il a retiré de son combat final. Clairement épique, le registre comme l'instrumentation saturée et le rythme soutenu participent pleinement à cet effet. Le thème, qui s'étend de 0 : 21 à 0 : 26 pour ensuite revenir fréquemment tout au long du morceau, renforce encore cette dimension héroïque qui est au cœur de l'ambiance mythologique du jeu.

En revanche, pour épique que soit le combat, il n'en est pas moins semé d'embûches comme nous le rappelle l'intervention de passages improvisés qui altèrent le thème à de nombreuses reprises. Citons par exemple le passage entre 0 : 34 et 1 : 04 qui est bien représentatif de cette tension. Expression par excellence de l'anticlassicisme du rock, ce phrasé veut nous montrer que la victoire n'est jamais donnée et que pour arriver au bout du jeu le joueur a dû surmonter des obstacles innombrables. Joies et peines, telles est le lot commun de tout héros. La suite de la mélodie est encore plus intéressante. A partir de 1 : 04, les chœurs interviennent. Donnant une raisonnance plus lyrique et solennelle à l'ensemble, ce passage accentue ce côté déséquilibré entre un héros fragile et des créatures surnaturelles plus fortes les unes que les autres. Ce n'est qu'ainsi que la dimension héroïque est atteinte : en montrant l'exceptionnalité du parcours du joueur. Le climax de ce mouvement est d'ailleurs atteint entre 1 : 17 et 1 : 43 avec ni plus ni moins qu'une véritable version a capella du thème, déphasée avec l'instrumentation, qui donne une aura quasi-divine à la mélodie. On s'attendrait presque à voir Zeus descendre des cieux pour nous féliciter in media res.

Là est l'essentiel du propos du morceau. Tout le morceau gravite en fait autour de ce thème et alterne entre ces trois notions : gloire, fragilité et héroïsme. Le premier concerne le héros en lui-même, le second sa mortalité, le troisième le caractère désespéré de son combat. Mais à la fin, et c'est là l'objet de ces crédits, vient la victoire. C'est là qu'intervient plus loin dans le morceau un moment de pause assez long où le rythme se ralentit et où l'instrumentation est moins saturée. Plus paisible, on peut le retrouver entre 3 : 31 et 3 : 58. Véritable respiration dans le morceau, il parachève la structure musicale de l'édifice en lui donnant une finalité que l'épilogue vient incarner entre 3 : 58 et 4 : 38. Reprenant le thème, ce passage le rend répétitif et lent afin de clore le combat symbolique qui s'est déroulé dans les minutes qui ont précédé, combat symbolique qui est bien entendu l'écho du combat réel du joueur tout au long du jeu comme on l'a expliqué plus haut.

Venons-en maintenant à la dernière partie du morceau. Alors que l'on pense que tout est fini, la musique reprend de plus belle à partir de 4 : 41. L'instrumentation se réveille, le rythme s'affole : le combat semble de retour. C'est là que se déchaîne toute la fureur des guitares. Avec beaucoup de passages improvisés qui se mélangent au thème, il s'agit d'un moment un peu à part qui veut nous faire comprendre que rien n'est jamais terminé et que tout est un éternel recommencement. La boucle est bouclée.

Voilà donc ce qu'il y avait à dire sur ce Rock of Mages. Un très morceau de rock assurément, agréable à entendre et surtout qui dépayse après une OST certes de très bonne facture, mais aussi très classique. Si les sonorités sont différentes et la structure plus relâchée, le morceau ne manque toutefois pas de cohérence et tout est étudié de manière à ce que la dernière musique du jeu soit le miroir de ce qu'a été le jeu afin qu'il reste ancré dans la mémoire du joueur pour l'éternité, de même que ses exploits au cours du jeu le seront pour les siècles à venir. Et on peut dire que l'objectif a été atteint ! Allez, je vous donne rendez-vous une prochaine fois pour une nouvelle analyse musicale. On quittera cette fois les terres de la mythologie pour retourner dans le pays du soleil levant ! Comme d'habitude, vous pouvez retrouver la structure complète du morceau ci-dessous.

Structure :

(1) Prologue
(2) Prologue accentué
(3) Thème
(4) Improvisation
(5) Choeur
(6) Transition
(7) Thème - A Capella
(8) Thème - Improvisation
(9) Pause
(10) Decrescendo
(11) Ralentissement
(12) Thème - Ralentissement

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3 : 31 => 3 : 58 (11)
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4 : 41 => 4 : 48 REPRISE

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Musique composée par le groupe Bang Camaro

samedi 3 août 2013

Analyse Philosophique #4 - Le procès de la culture


"La culture, c'est comme la confiture : moins on en a, plus on l'étale !"

On dit souvent de l'Homme deux choses. On affirme tout d'abord qu'il est par nature un animal politique, pour ne citer qu'Aristote. On décrète également qu'il est un être de culture, ce qui le distinguerait du règne animal qui serait ainsi dépourvu de cette spécificité. On oublie néanmoins trop souvent que ces deux notions sont intimement liées. Qu'est-ce que la culture ? En voilà une question simple. La réponse pourrait pourtant l'être beaucoup moins. C'est à cette thématique que je vous propose de réfléchir ensemble dans cette quatrième analyse philosophique.

Pour la plupart d'entre nous, la culture c'est d'abord et avant tout ce qui n'est pas nécessaire à notre survie. Les plus bassement pragmatiques diraient même qu'elle ne sert à rien. La culture, c'est la littérature. La culture, c'est la musique. La culture, c'est le cinéma. La culture, c'est le jeu vidéo aussi pour certains. Pourtant, une telle définition pose également deux autres questions : celle de l'art et des critères esthétiques. En effet, certaines œuvres reçoivent un tel succès qu'on les qualifie d'oeuvres d'art. A l'inverse, le terme sous-culture est utilisé de manière péjorative pour désigner quelque chose qui est culturel mais qui n'est pas considéré comme égal à l'Art avec un grand A. Pourtant, qu'est-ce qui différencie concrètement Mozart de Justin Bieber ? Qu'est-ce qui différencie Okami de Call of Duty ? Qu'est-ce qui différencie la peinture hollandaise du XVII° siècle de la peinture contemporaine qui se résume souvent à un coup de peinture rouge sur une toile vierge ? Allons plus loin : qu'est-ce qui différencie la poésie d'Apollinaire au rap ? En terme de nature, il n'y a aucune différence. C'est donc une question de critères esthétiques.

Mais qui fixe les critères esthétiques dans ce cas ? Sont-ce les individus ? Si oui, c'est une affaire de goûts et de subjectivité. Mais le conformisme peut également jouer un grand rôle dans cette définition des critères esthétiques. Personnellement, j'ai beaucoup aimé le film Prometheus de Ridley Scott. En regardant les critiques, j'ai été étonné de découvrir que l'écrasante majorité des opinions émises était négative. Les critères esthétiques, c'est donc à la fois un fait individuel et un fait social. C'est un fait individuel, parce que comme je l'ai déjà dit plus haut et illustré dans mon exemple, chaque individu a inconsciemment forgé au fil du temps ses propres critères esthétiques. Mais c'est aussi un fait social lorsque les critères esthétiques sont imposés par la majorité. Et bien souvent, pour reprendre un propos de Marx, dans la société bourgeoise [donc celle où nous vivons], le passé domine donc le présent. C'est seulement ainsi que l'on peut comprendre la valorisation, des écoles aux forums, de ce que le passé a produit. Dans les écoles, cela se traduit par la glorification à outrance de la littérature classique à travers l'instauration de véritables canons de ce que doit être et ce que ne doit pas être un bon livre. Dans les forums, là où pourtant théoriquement la domination d'un pouvoir qui veut imposer sa manière de penser la culture et l'art n'est pas censé exister, le même phénomène s'observe par exemple pour les jeux vidéos. Qui sont ces gens qui méprisent Skyrim au profit de Morrowind parce que c'est casual ? Ce que tant de dictateurs d'une certaine pensée unique affirment comme une dérive du casual gaming dans le jeu vidéo, n'est-ce pas là tout simplement un certain conservatisme passéiste qui glorifie ce qu'il connait déjà ? Dans le cas de Skyrim, je dirais moi que ce qu'ils nomment casual, c'est tout simplement la modernité : ne plus jouer dans un univers figé, avec une maniabilité rigide. A suivre la pensée unique, il faudrait que nous jouions tous sur Nes et Super Nintendo !

Mais là encore, de même que pour la pensée dominante, un tel postulat est avant tout l'expression d'une subjectivité. La culture comme l'art, c'est donc essentiellement une affaire de critères, mais aussi de pouvoir. Imposer des canons, c'est comme imposer sa langue : c'est indirectement imposer une manière d'être et de penser. Cela dépasse même de loin le simple cadre de la définition de la culture que j'ai donnée au début. N'impose-t-on pas des critères de beauté aux femmes depuis la nuit des temps ? La femme étant le sujet d'un nombre incalculable d'œuvres dites culturelles depuis la nuit des temps, la femme elle-même peut par conséquent être assimilée à de la culture, avec les critères esthétiques qui vont avec. Dans l'humanité, tout ou presque peut donc être qualifié de culturel et même d'artistique. Oui, L'Homme est culture de la tête aux pieds. On en revient encore et toujours à cette notion de critères esthétiques et de rapports de pouvoir. Avant de dire que telle oeuvre est bonne et que telle autre est mauvaise, nous devrions tous faire preuve de modestie avant de jouer les maîtres de pensée. Non, ce n'est pas parce que la masse a une opinion donnée sur telle ou telle oeuvre qu'elle a forcément raison.

Cela ne veut pas dire non plus qu'il faut adopter l'exact inverse, qui est l'anticonformisme. En effet, l'anticonformisme se définissant systématiquement par opposition à l'avis majoritaire, il peut être considéré comme un conformisme inversé. On peut aimer un auteur de niche pas tant par sa qualité intrinsèque que par le fait qu'il soit décrié par la majorité. L'humain est ainsi fait qu'il déteste être seul et affronter sa propre subjectivité, quitte à froisser ses semblables. A ce sujet, le philosophe Pascal a eu au XVII° siècle des propos qui ne sont pas dénués d'intérêt pour notre questionnement : "Nous naissons par hasard dans un monde qui s'en fiche, où nous finirons par mourir sans savoir pourquoi nous y sommes nés. Comment gérer cette affaire-là ? Car c'est gênant tout de même. Faut-il être sérieux ou frivole, cigale ou fourmi ? Faut-il penser à la mort ou bien en écarter l'idée ? Honnêtement, les deux se défendent". La réponse à notre cher Pascal, c'est la culture. En tant que fait social, elle nous rapproche d'autrui et nous permet d'échapper à la vacuité de l'existence. De même, ce n'est qu'ainsi que l'on peut comprendre à la fois le conformisme et la domination de certains critères esthétiques, puisque ces deux éléments sont indissociables. Dans tous les cas, cette hégémonie permet de comprendre pourquoi la culture a tendance à s'uniformiser avec le temps dans les deux grands médias de masse que sont devenus le cinéma et les jeux vidéos. L'artiste qui s'écarte des canons esthétiques avalisés par les masses est bien souvent condamné à l'échec sauf à de très rares exceptions. Pourquoi ? Tout simplement parce l'existence de canons collectifs nous pousse à l'intolérance.

Nous voici donc arrivés au terme de notre réflexion sur la culture et ses implications sur l'individu, la société et la culture elle-même. On a vu que la culture est intrinsèquement liée à des critères esthétiques issus de la subjectivité de chacun. En tant que fait social qui unit les individus, la culture est également indissociable de la vie en société. Pour autant, cette unité est paradoxalement dangereuse parce qu'en voulant à tout prix ne pas se retrouver seul, l'individu a tendance à se soumettre aux critères esthétiques de la majorité. C'est contre cela que je vous mets en garde, même si vous pouvez bien entendu poursuivre la réflexion dans les commentaires. Qu'est-ce que la culture et l'art pour vous ? Existe-t-il des critères objectifs pour définir l'art en tant qu'élite des oeuvres culturelles ? Ou bien au contraire, comme je le défends, estimez-vous que le concept même de qualité se doit d'être relativisé au regard de la subjectivité de chacun ? A vos claviers, et à la prochaine pour une nouvelle analyse philosophique :)

mercredi 31 juillet 2013

Analyse Musicale #4 - Au pays des loups mélomanes


Aegir étudie l'OST d'Okami ? Are you fucking kidding me ?

Oui, vous n'avez pas la berlue. Cet article n'est pas une republication d'un de mes anciens articles de 2011. Pour cette quatrième analyse musicale, je vous propose d'analyser un thème d'un des jeux les plus adulés par les otakus du monde : Okami. Oui, vous savez ce jeu qui a fait un échec commercial monumental à sa sortie. J'entends déjà les critiques fuser : ouais mais Aegir, t'as jamais joué au jeu. Sacrilège blasphémateur, comment ose-t-il parler de ce qu'il ne connait pas ? Mais avant que vous ne me jetiez au feu, deux petits détails s'imposent. D'une part, étudier un morceau de musique n'a jamais exigé d'avoir joué à l'oeuvre de base. Oh, je concède volontiers que c'est fortement conseillé. Néanmoins, ce n'est pas nécessaire. D'autre part, je me suis un peu renseigné sur le thème que je compte analyser dans cet article avant de le rédiger. Il s'agit de Red Helmet's Extermination, c'est-à-dire un thème de combat. Comme les thèmes de combat véhiculent souvent les mêmes valeurs et messages, ça ne me parait pas au dessus de mes forces. Néanmoins, j'essaierais tout au long de l'article d'éviter de trop mettre en avant le contexte de l'action pour ne pas froisser les alficionados du jeu.

Se mettre pareille contrainte pose évidemment une autre question. Si je parle le moins possible du support, réaliser cette analyse musicale a-t-elle le moindre sens du coup ? Pire, a-t-elle la moindre utilité ? La réponse, vous vous en doutez sûrement vu que j'ai publié l'article, est bien évidemment oui. En effet, même issue d'un jeu vidéo, une musique reste une musique et on peut donc toujours analyser sa structure pour en faire sortir le sens. Ces préliminaires posés, nous pouvons à présent passer au vif du sujet.

Ce qui frappe tout d'abord à l'écoute du morceau, c'est sa structure très riche et chargée. Pour m'expliquer le plus clairement possible et afin du coup que vous compreniez ma démonstration, j'ai volontairement choisi un extrait long (plus de cinq minutes) qui répète la mélodie trois fois. La boucle se fait à 1 : 49, 3 : 32 et enfin 5 : 14. Je disais donc : Red Helmet's Extermination a une structure très riche. Elle est très riche tout d'abord par le fait de la richesse instrumentale. En écoutant attentivement la musique, on peut remarquer en particulier la présence de trois groupes d'instruments qui sont successivement liés (de 0 : 07 à 0 : 26) et séparés (respectivement à partir de 0 : 33 pour le premier groupe, de 0 : 58 pour le second et de 1 : 23 pour le troisième). Il s'agit, par ordre d'apparition,  de cuivres (probablement des tubas au vu de la puissance du son et des tonalités assez basses), de cordes (groupe d'instrument qui comprend la harpe et le luth par exemple) et de bois (de la flûte dans ce cas précis). On remarquera également que de 0 : 07 à 0 : 26, donc dans ce qui constitue le prologue qui installe la mélodie qui accompagne tout le morceau, ces trois groupes sont liés. C'est donc le premier point qui saute aux yeux : de très nombreux instruments qui s'entrecroisent tout au long de la mélodie pour donner à la musique un style à la fois orchestral lors des passages de cuivres, et orientalisants lors des passages de cordes et de bois.

On a vu que les instruments sont successivement liés et séparés dans chaque moment de la musique. C'est là le second point important qui donne toute sa force à la musique : une structure mélodique extrêmement dynamique que j'ai pu distinguer en huit phases principales. Pour vous y retrouver, toute la structure est bien évidemment détaillée à la fin de l'article. Je commence donc l'énumération : il y a tout d'abord un prologue en suspension (de 0 : 00 à 0 : 07) avec des effets qui font clairement penser à une sorte de déferlante de vent. L'objectif est ici de poser une ambiance, forçant le joueur à retenir son souffle face à ce qui se dévoile sous ses yeux. Le second moment est celui de l'installation du thème (de 0 : 07 à 0 : 26) où les trois groupes d'instruments sont unis. Les troisièmes, quatrièmes et cinquièmes et sixièmes étapes j'en ai déjà parlé plus haut : il s'agit des solos successifs de cuivres, de cordes, de bois et enfin de nouveau de cuivres. L'avantage d'une telle construction est de donner un rythme soutenu et dynamique à la musique, comme pour refléter le feu du combat. Un combat n'est jamais gagné ou perdu d'avance, il vit avec la musique avec tantôt des moments de violence absolue symbolisés par les cuivres, tantôt de vitesse et de rage représentées par les solos de cordes et de bois. Le tout donne une mélodie  endiablée, que la sixième étape ne fait qu'accélérer avec un très long solo de cuivres (de 1 : 23 à 1 : 37) où la mélodie compte moins que le rythme ; rythme qui atteint son climax dans la septième étape (de 1 : 37 à 1 : 47) avec un rythme qui se régularise à la manière d'un métronome. Le choc des instruments est d'ailleurs si intense qu'on a littéralement l'impression que chaque note constitue autant d'attaques portées par le joueur ou l'adversaire qu'il cherche à terrasser. Le tout se termine finalement par un épilogue (de 1 : 47 à 1 : 50) qui prend simplement la forme d'une élévation des tonalités avec dans le même temps un son qui s'étouffe. C'est, au fond, le contraire exact du prologue qui ressemblait à s'y méprendre à un ouragan qui entraîne le joueur dans le feu du combat.

C'est ainsi que se termine la mélodie, avant d'être reprise plusieurs fois jusqu'à ce que le combat arrive à son terme. Dès lors, maintenant que cette analyse méthodique du morceau est faite que dire de Red Helmet's Extermination ? D'abord que la régularité et la complexité de la structure, couplée à une réelle richesse mélodique due avant tout aux nombreux instruments utilisés en fait un morceau orchestral de première qualité. On a bien sûr tous les composants de la musique de combat : rythme, montée en puissance mais aussi perturbations. Ce qui tranche ici en revanche, c'est cette structure en huit parties qu'on ne voit pas tous les jours dans une musique de jeu vidéo. En conclusion donc, nous sommes en face d'un excellent morceau très bien construit. Il joue parfaitement son rôle : exalter le joueur afin d'accomplir une synesthésie parfaite entre le jeu et le joueur. Des morceaux comme ça, je me dois de les analyser. C'est désormais chose faite. Allez, j'espère que vous avez apprécié cette quatrième analyse musicale et à la prochaine fois pour de nouvelles aventures musicales sur mon blog :)

Structure :

(1) Prologue
(2) Thème - Unité Instrumentale
(3) Thème - Cuivres
(4) Thème - Cordes
(5) Thème - Bois
(6) Thème - Cuivres
(7) Crescendo - Cuivres
(8) Epilogue

0 : 00 => 0 : 07 (1)
0 : 07 => 0 : 26 (2)
0 : 26 => 0 : 33 (3)
0 : 33 => 0 : 58 (4)
0 : 58 => 1 : 23 (5)
1 : 23 => 1 : 37 (6)
1 : 37 => 1 : 47 (7)
1 : 47 => 1 : 50 (8)

1 : 50 => 3 : 32 Reprise
3 : 32 => 5 : 14 Reprise
5 : 14 => 5 : 37 Reprise (incomplète)



Musique composée par Masami Ueda, Hiroshi Yamaguchi, Rei Kondoh et Akari Groves

Analyse Philosophique #3 - Le procès du travail


Abattre la bourgeoisie qu'ils disaient...nous voilà bien arrangés maintenant

Depuis la nuit des temps, l'Homme travaille et encourage ses semblables à travailler. A l'origine, c'était une nécessité pour la survie de l'espèce humaine ; puis, quand cette nécessité s'éloigna du fait de l'amélioration du niveau de vie via la construction de sociétés structurées, le travail muta en une sorte de devoir que chaque homme devait observer afin de mériter sa place au sein de la société. Plus recemment dans l'Histoire humaine, avec l'émergence d'un capitalisme industriel et du paupérisme, une autre lecture de la fonction du travail apparut : celle d'un travail qui aliène l'individu, le réduise à une machine, tout en lui ôtant ses facultés de réflexion autonome, ceci dans un but de domination d'une classe sociale sur une autre. C'est ce qu'on appelle la lecture marxiste du travail et de sa fonction au sein de la société. Dès lors, et c'est l'objet de cette réflexion philosophique à laquelle je vous invite tous, mes lecteurs, quel est le rôle du travail dans la vie humaine ? Est-ce un simple devoir du citoyen à l'égard de la communauté qui le nourrit et l'éduque tel qu'on peut le croire ? Ou, comme le marxisme l'a prétendu, il n'est que le reflet des rapports de domination entre les classes sociales qui constituent le corps social ? Mais le travail ne pourrait-il pas avoir un autre rôle que celui, purement passif, nécessaire et bassement matériel, que l'on a l'habitude de lui donner ?

Examinons donc cette question en étudiant tout d'abord le fondement de ces deux visions "classiques" du travail, telles qu'elles viennent d'être énoncées dans le paragraphe précédent, à savoir d'une part la vision sociale du travail, comme nécessaire fondement de toute société organisée, et d'autre part la vision marxiste du travail, voyant le travail non pas seulement comme un devoir légitime de tout homme vis-a-vis de la société, mais aussi et surtout comme l'expression des rapports de force des classes sociales, et notamment de l'idée de la lutte des classes. Quelle est donc la véracité de ces deux théories du travail ? C'est ce que nous allons voir à présent, avant de conclure en proposant une autre vision du travail, celle qui fut défendue par les philosophes des Lumières, afin de vous donner tous les élements du débat pour poursuivre le débat initié sur cet article par la suite, dans les commentaires.

Commencons donc par la première vision du travail, celle qui consiste au fond à penser que le travail est un devoir vis-a-vis du reste de la société ; devoir qui, une fois accompli par les individus, permet de créer des relations apaisées entre les individus, basées sur l'échange reciproque : ainsi, en échange de mon travail, la collectivité me donne les moyens de subvenir à mes besoins, par la sécurité octroyée par l'Etat par exemple, ou encore la nourriture et le logement. Cette conception traditionnelle du travail est en quelque sorte celle qui est la plus répandue et la plus ancienne, du fait de son caractère relativement consensuel etant donné qu'elle apporte à chacun des avantages ; c'est également une des bases du Contrat Social qui structure nos sociétés modernes, depuis la Révolution Française environ.

Mais une autre vision, beaucoup moins consensuelle et beaucoup plus belliciste, si je peux dire, existe depuis la deuxième moitié du 19ème siècle : c'est celle des anarchistes, des marxistes, des socialistes, bref de tous ces mouvements de gauche nés à cette époque. Les défenseurs de la doctrine marxiste voient en effet le travail avant tout comme une arme de domination d'une classe sociale sur une autre, et pas du tout comme un échange équilibré comme le voit la vision traditionnelle du rôle du travail dans la société. C'est une idée qui se tient dans beaucoup de cas pour justifier les excès dans le monde du travail, surtout au 19ème siècle, mais c'est une vision qui peut se défendre encore aujourd'hui, dans la mesure où l'utopie de l'échange réciproque entre patrons et employés, entre Etat et citoyens, ne s'est, pour ainsi dire jamais réalisée : si c'était le cas, il n'y aurait aucune inégalité sociale dans la mesure où chacun vivrait bien avec le travail d'autrui. Néanmoins, lorsqu'on la généralise, cette idée du travail vu comme un simple moyen de domination des individus sur les autres se caricature elle même, voyant le mal partout alors que, fort heureusement ce n'est pas le cas. La vision marxiste reste donc crédible, mais ne doit pas être généralisée, sous peine de tomber dans le pur dogmatisme.

Nous avons donc vu au cours de cette analyse les deux visions classiques du rôle du travail dans la société, l'une voyant le travail comme un moyen de créer des relations sociales apaisées entre les membres du corps social, à travers la notion d'échange, et l'autre voyant le travail comme un instrument de domination, et donc d'aliénation, de certaines classes sociales sur d'autres. Mais s'il est un reproche que l'on peut faire à ces deux opinions, c'est qu'elles comportent le risque de généraliser et de réduire à l'état de dogme une certaine conception du rôle du travail, du fait précisement de leur nature collectiviste, sociétale. En effet, que devient l'individu, premier concerné lorsque l'on parle de travail, si l'on ne parle de lui qu'en masse d'individus, dévouée à la communauté ou aliénée par le patronnat ? Il n'existe plus ; d'où la nécessité de développer une troisième vision du travail, celle du travail émancipateur, qui enrichit et libère l'individu des contraintes sociales, dûes à sa place initiale dans la société pas toujours très élevée, et le libère de l'ignorance, et donc de la domination par extension, dans la mesure où, très souvent, qui dit ignorance dit également domination et soumission à une autorité prétendue légitime. Cette vision que j'expose là, c'est-à-dire celle d'un travail vu comme libérateur, considéré comme un instrument d'amélioration sociale et personnelle de l'individu, ainsi que de la société dans son ensemble, c'est celle de la philosophie des Lumières, qui désirait libérer l'Homme de l'obscurantisme des siècles précédent grâce à la Connaissance, aux "Lumières" : c'est celle que l'on retrouve dans les livres de Voltaire et Rousseau, de Montesquieu et de Diderot. Bref, c'est une vision que l'on oublie souvent dans le monde froid et technocratique d'aujourd'hui, et qu'il me paraissait important de mentionner, afin de vous aider à vous faire votre propre opinion sur ce débat vieux comme le monde.

Nous voici donc arrivés au terme de cette analyse philosophique : bien que selon moi aucune de ces conceptions du travail n'est totalement vraie ou fausse (je considère en effet que les visions sociales, marxistes et individualistes du travail sont toutes les trois vraies du fait de la complexité des sociétés humaines), quelle est votre opinion sur le sujet ? Pensez-vous que le travail n'est qu'un moyen d'échange pour vivre en société, ou bien qu'au contraire il n'est qu'une illusion que les élites donnent au peuple pour l'empêcher de penser par lui même, en l'écrasant sous d'immenses charges de travail ? Etes-vous, au contraire, plus dans l'optique individualiste qui veut que tout homme peut et doit s'émanciper et apprendre par le travail ? Le débat est vôtre désormais, je vous ai donné tous les élements pour pouvoir discuter de manière constructive de cette question.

mardi 30 juillet 2013

Analyse Musicale #3 - Pokémon au pays des Soviets


Regarde Pikachu, encore des lettres d'insulte !

Bonjour à tous ^^ En réflechissant à la musique que j'allais analyser pour cette troisième analyse musicale, je me suis dit : je suis un fan de Pokémon depuis ma plus tendre enfance. Les jeux Pokemon ont de bonnes OST, alors pourquoi ne pas analyser une musique d'un jeu Pokemon pour faire plaisir à mes lecteurs pokéfans ? Fort de ce constat, je vous livre donc ma troisième analyse musicale, consacrée cette fois-ci au premier spin-off de la série Pokemon sorti sur console portable (bien avant Pokemon Ranger), le bien nommé Pokemon Donjon Mystère.

Je dois admettre que c'est non sans émotion que je me suis livré à l'analyse d'un des morceaux que je juge - et cela ne regarde que moi - comme l'un des meilleurs de toute la licence, jeux principaux compris. Pokémon Donjon Mystère premier du nom est aussi un bon jeu bien sûr, mais je ne suis pas là pour faire un test. C'est d'autant plus vrai que les review n'ont pas beaucoup d'intérêt je trouve. Je suis là pour analyser une musique. Laquelle ais-je choisie ? Attention, suspense *_*

Le thème du Grand Ravin ! Et oui, après une dure sélection parmi les musiques du jeu, j'ai choisi ce morceau, qui me parait être un des meilleurs de l'OST de Pokemon Donjon Mystère. Passons donc sans plus tarder à l'Analyse de ce morceau si vous le voulez bien ^_^

Avant toute chose, lorsque l'on étudie la structure musicale de ce morceau, on remarque d'emblée sa structure binaire, qui est en réalité une alternance continue entre musique d'ambiance, mettant en valeur le contexte du jeu, et thème principal, d'un registre clairement épique, voulant sûrement symboliser la lutte des Pokemons que l'on incarne pour arriver en haut du canyon et rencontrer Xatu, qui a en quelque sorte un rôle de prophète dans Pokemon Donjon Mystère. Mais avant toute chose, recontextualisons cette musique dans le moment du jeu où elle est jouée, afin de mieux comprendre le rôle des sonorités utilisées dans le morceau.

Dans le jeu en effet, le joueur doit escalader un dangereux canyon au climat aride pour rencontrer Xatu. D'où l'emploi de sons quasi-choraux tout au long du morceau pour symboliser, à mon sens, le caractère aride de ce donjon du jeu, à l'instar de la musique arabe par exemple, très souvent liée à ce climat désertique qui est associée au monde arabique.
En plus de cette caractéristique sonore représentant l'aridité du Grand Ravin, la musique représente un autre aspect tout à fait fondamental de ce lieu, qui n'est autre que le caractère montagneux, et donc difficile à gravir, du lieu ; cet aspect-là du donjon est représenté par l'utilisation plus ou moins importante de percussions lourdes durant le morceau (on peut par exemple distinguer des bruits de tambours sourds durant les phases de musique d'ambiance du morceau en écoutant attentivement le morceau - ce que j'espère que vous faites tous en lisant ces lignes ^^ -).

Bien, nous avons recontextualisé le morceau et vu à quel point la géographie du Grand Ravin, à savoir son caractère résolument aride et montagneux, était parfaitement retranscrite dans le morceau. Maintenant passons à l'analyse du morceau en lui même : comme je l'ai dit plus tôt, le morceau a une structure binaire (comme beaucoup de morceaux en réalité, c'est un moyen très répandu de structuration d'un morceau de musique). Divisé entre une musique d'ambiance, que vous venons d'analyser, et un thème principal résolument épique et majestueux qui, tout en renforcant l'immersion que le joueur ressent, de part son intégration parfaite dans la musique d'ambiance du morceau, souligne également quelque chose qui peut sembler redondant qui vous êtes un lecteur régulier de mes Analyses Musicales, mais néanmoins crucial : la glorification des deux héros que le joueur incarne dans cet environnement hostile est en effet symbolisée par ce thème principal, qui ajoute cette fois un autre élement musical au morceau, avec des sonorités se rapprochant du son d'une flûte.

Vous l'aurez donc compris : si la musique d'ambiance du morceau symbolise la géographie du Grand Ravin, le thème principal du morceau en revanche s'axe davantage sur les personnages que l'on incarne, et sur leur dangereuse traversée de ce donjon. Pour conclure, vous vous étonniez peut-être de l'absence d'indications chiffrées pour vous repérer dans le morceau durant mon analyse ? Et bien c'était voulu, et rassurez-vous je n'allais pas vous laisser comme ça, avec une analyse sans lien avec la réalité du morceau pour vous aider à me comprendre ^^ En effet, dans des soucis à la fois de synthèse et de compréhension, je vous ai fait un petit récapitulatif de ce je viens de dire à propos de la structure binaire du thème du Grand Ravin, ainsi que sur la structure générale du morceau bien sûr :

00:00 => 00:05 : Introduction du morceau (sons choraux et percussions légères)

00:05 => 00:35 : Musique d'Ambiance (sons choraux et percussions plus soutenues, tout en etant intégrées au thème principal du morceau)

00:36 => 00:50 : Thème Principal du Morceau (registre épique)

00:51 => 1:05 : Répetition du Thème Principal

1:06 => 1:34 : Retour de la Musique d'Ambiance

1:34 => 1:48 : Retour du Thème Principal

1:48 => 2:02 : Répetition du Thème Principal

2:03 => 2:25 : Retour de la musique d'ambiance et conclusion du morceau

En résumé, le morceau est structuré comme suivant :

INTRODUCTION => MUSIQUE D'AMBIANCE => THEME PRINCIPAL => MUSIQUE D'AMBIANCE => THEME PRINCIPAL => MUSIQUE D'AMBIANCE => FIN



Musique composée par Arata Iiyoshi et Atsuhiro Ishizuna

Analyse Philosophique #2 - Le procès de la censure


Les censeurs disent la même chose, alors qui a raison ?

Pendant longtemps dans l'histoire des hommes, la question des limites de la liberté d'expression ne se posait pas : la liberté au sens large n'existant pas ou quasiment pas, il paraissait évident du coup que la liberté d'expression devait être la plus large possible, si ce n'est totale. Pourtant, plus recemment, on a pu observer des remises en cause de ce postulat, notamment à partir de la décennie qui vient de s'achever, ou la critique de la liberté d'expression, teintée parfois de bien pensance, a tenu une place de plus en plus importance dans le débat philosophique dans nos sociétés modernes. Aussi, examinons de plus près les éléments du débat, c'est-à-dire au fond les arguments qui justifieraient le fait que la liberté d'expression doive être totale, ou au contraire restreinte.

Tout d'abord, étudions les éléments en faveur de la liberté d'expression. Pour commencer, il faut comprendre que, en un sens, vouloir limiter la liberté d'expression, c'est vouloir limiter directement l'expression de la pensée des individus. En clair, on pourrait donc croire dès lors que restreindre la liberté d'expression, c'est restreindre la pluralité politique, et instaurer une forme plus ou moins directe de pensée unique et de conformisme intellectuel, qui formaterait alors les esprits des individus en étouffant l'expression d'idées subversives pour la pensée dominante. On peut également dire, pour soutenir cette thèse, que contribuer à restreindre l'expression d'idées subversives, c'est aussi contribuer à maintenir un ordre social, économique, et politique néfaste. En résumé, la plupart des arguments en faveur de liberté d'expression sous sa forme la plus radicale se justifient par la crainte d'appauvrir massivement le débat philosophique et politique en laissant la pensée unique se généraliser, formant dès lors une société conformiste et monolithique, sans la moindre indépendance d'esprit par rapport aux masses.

Voici donc un premier aspect du débat, passons maintenant aux arguments favorables à la restriction de la liberté d'expression. Nous avons, pour commencer, l'argument qui consiste à voir la liberté, au sens large comme au sens de la simple liberté d'expression, non pas comme l'expression des opinions et des désirs des individus, mais comme un élément structurateur de la société démocratique. En effet, pour vivre en société, il y a des règles à respecter qui, pour parler plus simplement, se résument en fait au dicton populaire suivant : "ma liberté s'arrête là où commence celle de l'autre". En clair, pour les défenseurs de cette idée, la liberté d'expression doit être limitée par le respect d'autrui. De ce fait, la liberté n'est liberté qu'à partir du moment où elle est compatible à la vie en société. Rire des Juifs ou faire de l'humour noir sur la Shoah par exemple, serait dès lors quelque chose à proscrire dans la mesure où cela pourrait empiéter sur le bien-être des victimes de la Shoah, et de leurs héritiers par extension. On peut multiplier les exemples bien sûr, mais cet idée se résume en fait à éviter de choquer ou blesser d'autres personnes par sa propre liberté d'expression, dans le but d'éviter d'être choqué par la réaction de ceux que l'on a blessé précédamment. Pour être véritablement libre, il faudrait donc accepter de limiter ce que l'on profère aux conventions sociales, éducatives et morales.

Nous avons donc à présent les différents éléments du débat : la liberté d'expression doit soit être libérée des contraintes sociales propres à la vie en société, dans le but d'enrichir la vie intellectuelle de la société, soit être limitée par les conventions sociales et éducatives, afin de permettre l'harmonie entre les différents éléments de la société, sans qu'il n'y ait de perte de liberté conséquente pour les différentes individualités qui composent le corps social.

Maintenant, mes chers lecteurs, je vous laisse la main : pensez-vous que la liberté d'expression doit effectivement être totale, dans le but d'éviter toute hypocrisie et dictature de la bien pensance et du conformisme ? Ou bien pensez-vous qu'elle doit être limitée par les règles de courtoisie et de respect mutuel propres à l'existence en société ? Personnellement, mon opinion se place dans la première thèse énoncée dans cette analyse : pourquoi vivre en société en effet, si c'est dans une société amorphe, sans variété d'opinions qui puisse engendrer un enrichissement intellectuel mutuel, dans la perspective d'améliorer le fonctionnement de la société où chacun de nous vit ?

Bref, à vous de débattre de ce vaste sujet à présent et de confronter vos points de vue, en toute liberté, à condition de bien argumenter bien entendu.