Les censeurs disent la même chose, alors qui a raison ?
Pendant longtemps dans l'histoire des hommes, la question des limites de la liberté d'expression ne se posait pas : la liberté au sens large n'existant pas ou quasiment pas, il paraissait évident du coup que la liberté d'expression devait être la plus large possible, si ce n'est totale. Pourtant, plus recemment, on a pu observer des remises en cause de ce postulat, notamment à partir de la décennie qui vient de s'achever, ou la critique de la liberté d'expression, teintée parfois de bien pensance, a tenu une place de plus en plus importance dans le débat philosophique dans nos sociétés modernes. Aussi, examinons de plus près les éléments du débat, c'est-à-dire au fond les arguments qui justifieraient le fait que la liberté d'expression doive être totale, ou au contraire restreinte.
Tout d'abord, étudions les éléments en faveur de la liberté d'expression. Pour commencer, il faut comprendre que, en un sens, vouloir limiter la liberté d'expression, c'est vouloir limiter directement l'expression de la pensée des individus. En clair, on pourrait donc croire dès lors que restreindre la liberté d'expression, c'est restreindre la pluralité politique, et instaurer une forme plus ou moins directe de pensée unique et de conformisme intellectuel, qui formaterait alors les esprits des individus en étouffant l'expression d'idées subversives pour la pensée dominante. On peut également dire, pour soutenir cette thèse, que contribuer à restreindre l'expression d'idées subversives, c'est aussi contribuer à maintenir un ordre social, économique, et politique néfaste. En résumé, la plupart des arguments en faveur de liberté d'expression sous sa forme la plus radicale se justifient par la crainte d'appauvrir massivement le débat philosophique et politique en laissant la pensée unique se généraliser, formant dès lors une société conformiste et monolithique, sans la moindre indépendance d'esprit par rapport aux masses.
Voici donc un premier aspect du débat, passons maintenant aux arguments favorables à la restriction de la liberté d'expression. Nous avons, pour commencer, l'argument qui consiste à voir la liberté, au sens large comme au sens de la simple liberté d'expression, non pas comme l'expression des opinions et des désirs des individus, mais comme un élément structurateur de la société démocratique. En effet, pour vivre en société, il y a des règles à respecter qui, pour parler plus simplement, se résument en fait au dicton populaire suivant : "ma liberté s'arrête là où commence celle de l'autre". En clair, pour les défenseurs de cette idée, la liberté d'expression doit être limitée par le respect d'autrui. De ce fait, la liberté n'est liberté qu'à partir du moment où elle est compatible à la vie en société. Rire des Juifs ou faire de l'humour noir sur la Shoah par exemple, serait dès lors quelque chose à proscrire dans la mesure où cela pourrait empiéter sur le bien-être des victimes de la Shoah, et de leurs héritiers par extension. On peut multiplier les exemples bien sûr, mais cet idée se résume en fait à éviter de choquer ou blesser d'autres personnes par sa propre liberté d'expression, dans le but d'éviter d'être choqué par la réaction de ceux que l'on a blessé précédamment. Pour être véritablement libre, il faudrait donc accepter de limiter ce que l'on profère aux conventions sociales, éducatives et morales.
Nous avons donc à présent les différents éléments du débat : la liberté d'expression doit soit être libérée des contraintes sociales propres à la vie en société, dans le but d'enrichir la vie intellectuelle de la société, soit être limitée par les conventions sociales et éducatives, afin de permettre l'harmonie entre les différents éléments de la société, sans qu'il n'y ait de perte de liberté conséquente pour les différentes individualités qui composent le corps social.
Maintenant, mes chers lecteurs, je vous laisse la main : pensez-vous que la liberté d'expression doit effectivement être totale, dans le but d'éviter toute hypocrisie et dictature de la bien pensance et du conformisme ? Ou bien pensez-vous qu'elle doit être limitée par les règles de courtoisie et de respect mutuel propres à l'existence en société ? Personnellement, mon opinion se place dans la première thèse énoncée dans cette analyse : pourquoi vivre en société en effet, si c'est dans une société amorphe, sans variété d'opinions qui puisse engendrer un enrichissement intellectuel mutuel, dans la perspective d'améliorer le fonctionnement de la société où chacun de nous vit ?
Bref, à vous de débattre de ce vaste sujet à présent et de confronter vos points de vue, en toute liberté, à condition de bien argumenter bien entendu.

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